Vendredi 19 octobre 2007
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Édition Sabine Wespieser, 2007, 378 pages.
Traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran.
Après le magnifique roman Terre des oublis qui a reçu récemment le grand prix des lectrices de « Elle », Duong Thu Huong
nous offre ici son deuxième roman, paru en 1985 au Viêtnam, mêlant fiction et une partie de son itinéraire d’enfance en commençant par appeler la narratrice Bê qui est en fait son véritable
prénom.
À la fin des années cinquante, Bê alors âgée de douze ans, habite avec sa mère dans le petit bourg de Rê au Viêtnam. Son père, officier dans l’armée, est cantonné loin au nord dans une garnison
frontalière, et ne revient en permission qu’une fois tous les trois ans.
Un jour, cette petite fille au caractère bien trempé assiste à un événement qui va bouleverser sa belle et tranquille existence écolière ; une de ses camarades est victime d’un abus de la part de
Gia, le nouveau professeur de gymnastique. Ne pouvant fermer les yeux sur ce qu’elle a vu, Bê dénonce l’attitude infâme de cet homme. Mais ce qu’elle va vite comprendre, c’est qu’un élève qui
s’oppose à son maître commet une faute impardonnable et Bê se voit brutalement exclue de l’école.
Ne trouvant aucun soutien aux yeux de sa mère, révoltée, elle s’enfuit avec Loan sa meilleure amie pour rejoindre l’homme qu’elle adore le plus au monde : son père. Sans un sou en poche et livrées
à elles-mêmes, ces deux adolescentes vont entreprendre le premier long périple de leur vie où défilent des paysages de montagne et de rizières, vivre des aventures palpitantes et cocasses, faire
divers petits boulots pour subsister et rencontrer des personnages aussi émouvants qu’étonnants.
Au fil de l’histoire, on s’attache à ces deux gamines inséparables, à l’esprit
primesautier et espiègle de Bê que rien n’arrête, pas même un sorcier charlatan à qui elle jouera un drôle de tour. Ce roman, qui a la saveur d’un conte, prend racine dans une histoire vraie qui le
rend d’autant plus formidable et émouvant. Un éloge de liberté et de rébellion qui s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux adolescents !
Voir également le coup de coeur de Delphine
Par Florinette
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Mardi 14 novembre 2006
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Éditions Sabine
Wespieser, 2006, 794 pages.
Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong.
Grand Prix des lectrices de Elle.
C’est en revenant d’une journée en forêt, située en plein cœur du Vietnam, que Miên, jeune femme du Hameau de la Montagne, ressent au fond d’elle un étrange
mauvais pressentiment l’envahir. Elle pense d’instinct à son petit garçon Hanh et à son mari Hoan et se rassure en continuant sa route. Dès qu’elle s’approche de chez elle, à la seule vue de
l’attroupement d’hommes et de femmes, elle comprend très vite qu’un malheur vient de s’abattre sur son foyer.
Il s’agit de Bôn son premier mari, qu’elle ne reconnaît pas tout de suite, puisqu’il avait été déclaré mort, il y a plusieurs années, lors de la guerre contre
les Américains. Et pourtant c’est bien lui qui lui parle, qu’il l’appelle comme un fantôme venu hanter son esprit. Elle n’arrive pas à le croire, ne veut pas revenir avec cet homme du passé devenu
un étranger. Cela fait près de dix ans qu’elle est remariée, en toute légitimité, avec Hanh, un riche propriétaire terrien, beau et tendre, qu’elle aime passionnément et qu’il l’aime, avec qui elle
a eu un fils et mène une existence heureuse.
Miên doit prendre une décision, celle qui conviendra le mieux aux yeux de la communauté soumise à la tradition, au code d’honneur face à ce martyr qui a sacrifié sa jeunesse à la nation dans une guerre sans précédent. Car de tout temps les femmes qui osaient s’opposer aux masses devaient quitter le village pour
vivre d’expédients ou se prostituer dans les villes. Même après être parties, quand elles reviennent, elles subissent des pressions impitoyables que le temps n’adoucit jamais. C’est donc à
contrecœur que Miên décide de repartir vivre avec Bôn, laissant sa somptueuse demeure pour un bouge misérable délabré qu’elle doit partager avec son ancienne belle-sœur Tà, à l’allure écoeurante et
vulgaire.
Hoan depuis le départ de sa bien aimée tente de survivre. Bôn, anéantit moralement et physiquement par la guerre, fait tout pour re-séduire sa femme en
arrangeant au mieux sa masure et en essayant d’y travailler la terre, mais sa seule obsession, c’est d’avoir un fils, fonder une famille. Il oblige Miên, nuit après nuit, à s’offrir à lui malgré
une humiliante impuissance. Miên vit un véritable calvaire et elle reste prostrée, froide et silencieuse, car son esprit est ailleurs, elle ne cesse de penser à Hoan.
Dans ce tragique triangle amoureux, la romancière nous entraîne dans l’après-guerre du Vietnam aux principes moraux et politiques détruisant ces trois
personnages déchirés par l’amour et les démons du passé.
C’est un sublime roman à l’écriture poétique mêlant la
sensualité et la cruauté dans de somptueuses descriptions remplies de couleurs et d’odeurs. Le lecteur ne peut qu’en sortir ébloui, chaviré.
Citation :
«Si je veux cracher sur le pouvoir, je n'ai pas le droit de craindre». Duong Thu Huong.
Par Florinette
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